Identification

Référence de l'inventaire : FRAD010_FS
Référence du service d'archives : Archives départementales de l'Aube
Intitulé : Fonds de Saxe
Niveau de description : groupe-de-fonds
Nombre d'éléments : 3

Contexte

Modalités d'entrée
Informations sur les modalités d'entrée

Au début de cette publication quelques mots sur le Fonds de Saxe sont nécessaires.

Il y a un demi-siècle déjà, deux de nos prédécesseurs aux archives de l'Aube, M. Vallet de Viriville, dans la notice publiée par lui en 1841 sur les archives de la principauté de Pont-sur-Seine (Dans les Archives historiques du département de l'Aube et de l'ancien diocèse de Troyes, (Troyes et Paris, 1841, in-8°), p. 334 et suivantes), et, après lui, M. Guignard, actuellement bibliothécaire de la ville de Dijon, dans un substantiel rapport adressé en 1852 au ministre de l'instruction publique (Rapport sur les papiers de S. A. R. le prince Xavier de Saxe conservés dans les Archives du département de l'Aube. Dijon, 1853, in-4°), ont écrit sur ce fonds quelques pages fort intéressantes. Ces publications ne sont connues aujourd'hui que du petit nombre : nous ne pensons pas qu'il y ait de la témérité à l'affirmer.

Aussi est-ce, à notre avis, faire œuvre éminemment utile que de signaler de nouveau à l'attention et à l'activité des érudits et des historiens une collection unique en son genre dont les documents, d'un caractère tout spécial, ne peuvent être en rien assimilés à ceux que l'on conserve d'ordinaire dans les archives des départements, une collection sans laquelle il est difficile d'écrire l'histoire militaire de la France et de ses relations internationales sous Louis XV et de retracer d'une façon complète les événements qui se sont déroulés pendant la guerre de Sept ans.

Qu'est-ce que le fonds de Saxe, et par suite de quelles vicissitudes ce fonds se trouve-t-il aujourd'hui conservé aux archives de l'Aube ? Deux questions auxquelles nous voudrions répondre brièvement, mais aussi clairement que possible, en empruntant aux publications signalées plus haut les éléments de cette notice. Après avoir étudié les circonstances diverses qui en ont rendu le département de l'Aube dépositaire responsable, nous serons logiquement amené à dire de quoi se compose ce fonds constitué, d'une façon générale, par les archives particulières du prince Xavier de Saxe et les titres de la châtelleine de Pont-sur-Seine.

A l'époque de son émigration en 1790 ou 1791, le prince Xavier, quittant sa royale résidence de Pont-sur-Seine, abandonna en même temps et du même coup ses bijoux les plus précieux, sa bibliothèque et ses archives. Ces dernières surtout présentaient un intérêt considérable en raison des fonctions importantes et multiples que le Prince avait remplies, du rôle qu'il avait joué dans la guerre de Sept ans à la tête du corps auxiliaire saxon, et, avant tout, à cause de ses relations avec les souverains et les ministres des principales cours de l'Europe dont il réclamait l'appui pour seconder ses projets ambitieux.

C'est le 31 mars 1793 que les scellés furent apposés dans le château de Pont-sur-Seine.

Du 26 floréal au 12 messidor an II, Joseph Regnoult, administrateur du district de Nogent-sur-Seine, et Pierre Baudouin, propriétaire à Pont-sur-Seine, commissaires délégués par les administrateurs du district de Nogent, rédigèrent, par ordre alphabétique des titres d'ouvrages, le catalogue de la bibliothèque qui présente un total de 6.747 volumes (Cf. les documents concernant les émigrés, aux Archives de l'Aube, 4 Q. 82).

Le 22 messidor an II, en exécution de l'arrêté du Comité de salut public du 21 prairial et suivant une circulaire de la Commission des travaux publics du 13 messidor, ces mêmes commissaires eurent la mission de tirer de la bibliothèque du château de Pont, pour les envoyer à la Commission temporaire des arts, " toutes les cartes, plans de toutes espèces, ainsi que tous ouvrages manuscrits et imprimés relatifs à la géographie, à la topographie et à l'hydrographie qui peuvent s'y trouver ". Le 23 messidor, six caisses remplies de plans de campagne, de tracés de fortifications, d'atlas et de cartes géographiques des différentes parties de l'Europe, parmi lesquelles " la collection complète des cartes de toute la France visées de l'Académie ", de plans de sièges de différentes places, d'ouvrages concernant la guerre et les exercices militaires, etc., étaient expédiées sur Paris (Cf. les documents concernant les émigrés, aux Archives de l'Aube, 4 Q. 82).

Le Directoire exécutif, qui avait à statuer sur une demande en radiation du nom de François-Xavier de Saxe sur la liste des émigrés, prit, le 3 floréal an VI, un arrêté qui maintenait définitivement le nom du ci-devant comte de Lusace sur cette liste, qui confisquait ses biens au profit de la République, et lui défendait de rentrer sur le territoire français sous les peines portées par les lois " contre les émigrés qui ont enfreint leur bannissement (Cf. les documents concernant les émigrés, aux Archives de l'Aube, 4 Q. 82) ".

Ampliation de cet arrêté fut adressée à l'Administration centrale du département de l'Aube qui, à son tour, décida le 11 floréal an VI, que " préalablement et avant qu'il soit procédé à la vente du mobilier dudit de Saxe, existant tant au château de Pont que dans toute autre maison à lui appartenant, il sera distrait dudit mobilier tous les papiers, titres, contrats, baux, registres et sommiers concernant la propriété des biens ci-devant appartenant à l'émigré Xavier, ainsi que les armes, les livres, tableaux et autres monuments d'art et objets utiles soit aux sciences, à l'instruction ou au service des armées, ensemble les bijoux, vaisselle plate, or et argent, et ce, par le ministère des citoyens Robin, propriétaire à Nogent-sur-Seine, et le citoyen Delion, archiviste du département, que l'Administration commet à cet effet. Tous lesquels objets, après qu'il en aura été dressé un état par lesdits commissaires, seront de suite transférés, savoir : les papiers aux archives du département ; les livres à la bibliothèque ; les tableaux au musée de Troyes ; l'argenterie et les bijoux seront envoyés à la trésorerie nationale, et les armes seront mises à la disposition du ministre de la guerre, pour ensuite être, au jour qui sera indiqué à cet effet, procédé à la vente du restant du mobilier (Cf. les documents concernant les émigrés, aux Archives de l'Aube, 4 Q. 82)... ".

Cet arrêté ne reçut son exécution qu'en ce qui concernait les titres et les papiers. Le Directoire, en effet, avait depuis décidé, et le ministre des finances en avait informé l'administration centrale de l'Aube le 11 prairial ah VI (Cf. les documents concernant les émigrés, aux Archives de l'Aube, 4 Q. 82), " qu'il était plus avantageux aux finances de la République de faire transférer à Paris, sans aucun retard, la totalité du mobilier conservé à Pont-sur-Seine dans l'habitation ci-devant occupée par l'émigré et dans toutes les parties qui en dépendent ".

Les tableaux (Au nombre de vingt-neuf, parmi lesquels le Sacrifice d'Abraham, une femme en Diane, Marie de Médicis, plusieurs portraits en médaillons, et surtout Louis XIII recevant le serment de Bouthilier de Chavigny comme chevalier de ses ordres. (C'est celui auquel il est fait allusion dans la lettre du ministre des finances. Il est aujourd'hui conservé au musée de Troyes) et les gravures, la bibliothèque et les archives furent l'objet de dispositions spéciales. Le 19 messidor an VI, le ministre des finances écrivait aux administrateurs du département de l'Aube cette lettre que nous nous ferions un reproche de ne pas donner :

... Les tableaux et les gravures, en assez grande quantité, n'ont offert que très peu d'objets dignes d'être conservés. Ils ont été mis en réserve et seront livrés à la personne que vous préposerez pour les recevoir et en donner décharge. Tout le reste s'est trouvé gâté, altéré, détruit ou d'un goût si mauvais, qu'il aurait été indécent et contraire aux principes d'instruction publique ou d'amour pour les beaux-arts de ne pas les disperser en les mettant en vente à tel prix que ce soit.

Un seul tableau peint par Philippe Champaigne et représentant la réception d'un chevalier du ci-devant ordre du S. Esprit aurait mérité la préférence sur tous autres quoiqu'il ait souffert dans plusieurs endroits et qu'il ait été mal restauré. Mais tous les attributs de la royauté que nous avons détruite, les ornements de la chevalerie qui n'existe plus, les fleurs de lis actuellement proscrites et bannies de tous nos monuments, sont autant de motifs pour ne pas exposer aux yeux de véritables républicains une composition aussi contraire aux sentiments qu'ils ont pour la conservation de leur liberté et la prospérité du nouveau gouvernement que nous avons établi. En conséquence, je vous invite à laisser ce grand tableau dans la place qu'il occupe plutôt que de le faire enlever, puisque vous ne pourriez guère le faire placer que dans un garde-meuble.

A l'égard de la bibliothèque, comme elle est composée de grand nombre de livres écrits en langues étrangères et de différents ouvrages qui appartiennent aux hautes sciences, je l'ai fait transporter tout entière à Paris, suivant les intentions du Directoire. La collection qui sera la plus utile dans votre département doit être choisie et surtout formée avec les meilleurs livres élémentaires. Je vous ferai donc transmettre quelques articles qui feront en tout temps les fondements d'une bonne bibliothèque.

Quant aux archives, elles se sont trouvées assez en ordre. Il sera donc facile de s'y reconnaître et de vous procurer tous les éclaircissements dont vous pourrez avoir besoin tant sur la nature que sur la valeur des biens fonds dont il s'agit actuellement de faire la vente. Le déplacement de tous ces titres et papiers ne vous paraîtra sûrement pas nécessaire pour en acquérir la plus parfaite connaissance. Ils seront en totalité remis à votre disposition aussitôt que vous aurez commis quelqu'un pour se charger de toutes les clefs et faire ce travail ( Cf. les documents concernant les émigrés, aux Archives de l'Aube, 4 Q. 82).

Le Directoire, pas plus que le ministre des finances, ne se rendit compte de la haute valeur des archives du château de Pont ; l'un et l'autre considérèrent ces papiers comme se rapportant surtout à la propriété. On savait cependant vaguement qu'ils renfermaient des documents précieux pour l'histoire :

" Vous y trouverez sans doute, disait le commissaire du Directoire exécutif près le canton de Pont-sur-Seine, dans sa lettre aux administrateurs de l'Aube du 27 messidor an VI, vous y trouverez sans doute beaucoup de choses étrangères à la terre de Pont, mais il eût fallu six mois pour déblayer un tel assemblage (Cf. les documents concernant les émigrés, aux Archives de l'Aube, 4 Q. 82. Voir aussi Guignard, Rapport à M. le Ministre de l'Instruction publique, p. VIII) ".

Suivant ces instructions, les citoyens Robin et Bazaine furent chargés de rédiger l'inventaire de ces archives. Leur tâche fut de courte durée ; car, le 29 messidor an VI, c'est-à-dire dix jours après l'envoi de la première lettre que nous venons de rapporter, l'administration centrale de l'Aube recevait d'eux l'avis que ces titres et papiers, remplissant vingt caisses et pesant 5.000 livres, étaient expédiés à Troyes pour être réunis et conservés aux archives du département de l'Aube.

Contenu et structure

Présentation du contenu
Présentation du contenu

Nous l'avons dit plus haut, ces archives forment deux grandes séries : la première, composée des archives particulières du prince Xavier de Saxe ; la seconde, comprenant seulement les titres de la seigneurerie de Pont-sur-Seine, ceux de la terre de Chaumot et quelques pièces relatives à l'hôtel que le Prince possédait à Paris.

La première de ces séries a été divisée par M. Guignard en huit sections. Mais en 1864, le gouvernement saxon demanda et obtint la remise de la presque totalité des documents de la deuxième section, concernant le gouvernement de la Saxe et particulièrement l'administration du prince Xavier pendant la minorité de son neveu Frédéric-Auguste III, de 1763 à 1768. Il ne reste donc plus actuellement que sept sections.

Les deux premières renferment l'une les pièces relatives à la guerre de Sept ans, l'autre la correspondance particulière et intime du prince de Saxe. Nous en reparlerons plus loin et avec plus de détails en raison de leur extrême importance et de leur intérêt tout spécial.

Les autres sont respectivement consacrées :

La troisième, aux miscellanées. " Il y a parmi eux, dit M. Guignard dans son rapport au ministre, des pièces manuscrites fort intéressantes, particulièrement des dissertations académiques lues devant le jeune prince électoral par des professeurs tels que Gottsched et Crusius ". On peut citer encore un recueil de textes concernant l'administration politique pendant la minorité du Prince Électoral ; des considérations sur le projet d'un double mariage entre les deux maisons de France et de Saxe ; un mémoire contre les prétentions de l'impératrice-reine d'Autriche sur la succession des biens de la branche palatine de Bavière ; des vers satiriques sur les dames de la cour de Saxe ; des compliments en vers et en prose adressés au prince de Saxe et à la comtesse de Lusace par leurs enfants ; le journal du voyage du Prince en France et en Suisse en 1776 ; etc.

La quatrième, aux documents relatifs à la Pologne de 1752 à 1797. Notons seulement ceux concernant les opérations des diètes législatives de Pologne ; le protocole des conférences tenues entre l'ambassadeur de S. M. l'impératrice de toutes les Russies et les délégués de S. M. le Roi et de la République de Pologne pendant la négociation pour le traité de 1767, commencé à Varsovie le 4 novembre ; les réflexions d'un gentilhomme de la Grande-Pologne sur les lettres-patentes du roi de Prusse, du 13 septembre 1772, données lors de la prise de possession de la Prusse polonaise par Sa Majesté prussienne ; un mémoire sur la Pologne remis au comte de Vergennes au mois de juillet de 1785 ; des pensées sur la réformation générale du gouvernement de Pologne par le comte Stan. Potocki ; etc.

La cinquième section présente une collection considérable d'inventaires des meubles, livres, tableaux, cartes, etc., des résidences du prince Xavier tant en France qu'en Saxe.

La sixième, peu importante, ne contient que les titres relatifs à la seigneurie de Zabeltitz, près de Dresde, qui appartenait au Prince et où il mourut le 21 juin 1806.

La septième enfin a trait à la comptabilité particulière du Prince et à l'administration de ses biens et de sa maison.

La première section des archives de Xavier de Saxe se rapporte, avons-nous dit, à la guerre de Sept ans. C'est de beaucoup la plus riche : elle ne comprend pas moins - en chiffres ronds - de 44.000 pièces et 880 registres ou cahiers donnant un total de 19.000 feuillets.

Pour en bien préciser la nature et en montrer toute l'importance, il suffit seulement de retracer les principales phases - qui eurent pour théâtre le continent - de cette lutte européenne de sept années, doublement intéressante par son objet et par ses résultats. Nous allons nous y essayer. On sait que le prince Xavier prit part à cette guerre contre la Prusse avec le titre de lieutenant général et de commandant en chef du corps auxiliaire saxon, et, à partir de 1760, en qualité de commandant en chef de la réserve de droite de l'armée de Broglie (1 : Voy. Inventaire, E*. 155, p. 285).

Le traité d'Aix-la-Chapelle, de 1748, n'avait satisfait aucune des grandes puissances d'Europe et n'avait définitivement réglé aucun conflit ni maritime ni continental. Il n'avait été accueilli avec enthousiasme que par Louis XV, las des rudes devoirs qu'impose la guerre, et Madame de Pompadour. L'Angleterre surtout, jalouse du rapide accroissement pris tout d'un coup, sous la direction d'un ministre habile, par notre marine, se laissa aller à commettre, sans aucun prétexte et au mépris de toutes les notions du droit international, des actes hostiles qui rendirent imminente une collision entre elle et la France : au Canada, un officier français envoyé en parlementaire, de Jumonville, était lâchement assassiné ; dans les eaux de l'Océan, l'amiral Boscawen s'emparait de deux vaisseaux de guerre, tandis que des corsaires anglais capturaient deux cent cinquante bâtiments de commerce naviguant en pleine sécurité sous pavillon français. Contre de pareils attentats, les réclamations diplomatiques demeurèrent sans effet ; et il fallut, à la cour de Versailles, se résigner à subir la violence des faits et à reconnaître l'état de guerre par un embargo mis sur les bâtiments anglais dans les ports de France.

L'intérêt bien évident de la France lui commandait de conserver à cette guerre son caractère exclusivement maritime, et de garder toutes ses forces réunies pour son duel avec l'Angleterre. Mais ce n'était pas le compte de celle-ci : grâce à son or, le ministère anglais déchaîna de nouveau la guerre continentale et offrit des subsides à qui voudrait être notre ennemi.

Louis XV, très inégal d'humeur, ne songeant guère qu'au plaisir, laissait à ses maîtresses et à ses ministres le soin du bien public et le souci des intérêts généraux. Des liaisons politiques mal combinées, dues au caprice d'une favorite, aidèrent puissamment à la réalisation des projets du cabinet de Saint-James.

L'altière impératrice qu'était Marie-Thérèse, toute préoccupée du désir de satisfaire son implacable rancune contre la Prusse et de lui ravir les lambeaux de son empire que la force lui avait arrachés, avait médité de rompre le traité d'Aix-la-Chapelle. Elle fit donc proposer au cabinet de Versailles une alliance ayant pour bases l'abandon des Pays-Bas au profit d'un Bourbon de la maison d'Espagne et la cession de Mons et de Luxembourg à la France ; ce double sacrifice devait trouver une compensation dans la restitution de la Silésie à l'Autriche.

Le comte de Kaunitz, ministre de Marie-Thérèse, qui connaissait et appréciait à sa valeur l'entourage de Louis XV (Il avait été pendant deux ans (1751-1753) ambassadeur près la cour de Versailles), eut la singulière idée de mettre en jeu les passions et la vanité des femmes pour préparer et conduire à terme le plan de sa souveraine. Sur ses conseils l'Impératrice-Reine consentit à flatter l'orgueil de Madame de Pompadour, demandant seulement à la maîtresse du roi, en retour de ces humiliantes cajoleries, de seconder de son mieux la pensée autrichienne auprès des ministres et des conseillers de Louis XV.

Toute fière d'un pareil rôle, irritée d'autre part des sarcasmes de Frédéric II sur la dynastie des Cotillons, la marquise de Pompadour, ministre de fait, et sans titre, des affaires étrangères, sacrifia à un puéril besoin de vengeance les intérêts évidents de l'État en accueillant les ouvertures séduisantes de Marie-Thérèse ; et, fort peu soucieuse de continuer ou d'interrompre les traditions de Richelieu et de Mazarin, décida et fit signer, le 1er mai 1756, le traité de Versailles qui réunissait les maisons de France et d'Autriche après deux cents ans de guerre, de rivalité et de haine. Le roi de Prusse, informé à temps de ce rapprochement inattendu, anormal, et pour lui plein de menaces, avait, dès le 16 janvier 1756, accepté les offres de l'Angleterre et son or.

Habilement secondée par Kaunitz, Marie-Thérèse réussit à rattacher à la coalition la czarine Elisabeth qui cherchait par tous les moyens à obtenir de Louis XV le pardon de son intervention dans la guerre de la succession d'Autriche, la Suède qui regrettait et désirait recouvrer la Poméranie, la Saxe qui espérait se dédommager des pertes que lui avait values la dernière guerre.

C'était donc le changement complet, absolu, du système des alliances européennes, l'abandon de traditions deux fois séculaires : l'Autriche devenait l'amie de la France, l'ennemie de l'Angleterre, et nous allions attaquer la Prusse qui naguères combattait avec nous.

Aussi mal conduite aux Indes qu'en Europe, la guerre de Sept ans entraîna la ruine de nos finances, de notre marine et de nos colonies, et montra l'impéritie de nos généraux, l'indiscipline de nos soldats et, malgré quelques exceptions heureuses, l'affaiblissement des qualités militaires de notre race.

La marquise de Pompadour avait de l'audace dans l'esprit, de l'habileté dans l'exécution de ses desseins. Après avoir été la maîtresse du roi, elle voulut davantage quand elle se sentit finie pour l'amour : elle fut et resta jusqu'au bout véritablement premier ministre, faisant et défaisant à son gré et suivant ses caprices ministres et généraux, s'entourant de préférence d'hommes médiocres pour les tenir plus sûrement sous sa dépendance. Ses choix ne furent généralement pas heureux : la France ne lui doit-elle pas la chute du comte d'Argenson et de Machault, la nomination de Contades et de Soubise ? Si le plus souvent les généraux réunissaient les qualités agréables à une femme légère, rarement ils avaient les talents qui conviennent et qui sont nécessaires pour commander une armée. D'ailleurs, leur ambition et le souci de leurs intérêts personnels furent la source d'une foule d'intrigues toutes préjudiciables au bien public. De plus le commandement des armées fut à la merci du favoritisme. Il n'est pas de spectacle plus triste, écrit M. Stryienski, que ces intrigues de grands seigneurs, futiles, incapables, à qui l'on confie tour à tour le sort de milliers d'hommes. On va comme à plaisir au devant des désastres (La mère des trois derniers Bourbons, Marie-Josèphe de Saxe, et la cour de Louis XV. (Paris, 1902, in-8°), p. 206). Et de fait cette instabilité dans le commandement ne laissa pas d'avoir sur les événements une influence funeste : exception faite pour le prince de Soubise à qui ses intimes liaisons avec la favorite firent une situation à part et prépondérante et valurent de reparaître plusieurs fois à la tête des troupes, il n'est pas un général qui ait commandé plus de deux campagnes de suite.

Le maréchal d'Estrées reçut en 1757 le commandement de l'armée destinée à agir en Allemagne. Il envahit les villes du Rhin et de la Hesse et remporta à Hastenbeck, le 26 juillet, une victoire complète sur les troupes anglo-hanovriennes aux ordres du duc de Cumberland. Mais on lui reprochait trop de circonspection, trop de lenteur. Au milieu de la campagne, une intrigue de cour, une fantaisie plutôt de Madame de Pompadour, lui ôta le commandement. On lui substitua le maréchal de Richelieu, le vainqueur de Mahon.

Celui-ci poursuivit jusqu'à Stade le duc de Cumberland, l'enferma dans une impasse, au milieu d'un pays marécageux et lui imposa la capitulation de Closterseven (8 septembre). En moins d'un mois il avait conquis sans difficulté le Hanovre et le pays de Brunswick ; mais il commit la faute grave de se livrer, dans les pays conquis exposés sans défense à ses armes, à de scandaleux excès, tolérant le pillage de ses soldats pour mieux s'enrichir lui-même (1 : le maréchal de Belle-Isle, qui venait de remplacer au ministère de la guerre le marquis de Paulmy, écrivait à Soubise : " Le désordre, l'insubordination et le brigandage de l'armée de M. de Richelieu ont été portés au delà de toutes les bornes. Je n'ai rien vu qui, à beaucoup près, en approche, depuis cinquante-six ans que je vais à la guerre. C'est certainement la faute du général, car il doit être le maître, sans quoi il n'est pas digne de commander. Il est vrai que pour cela il faut commencer par être intact soi-même et donner l'exemple du plus parfait désintéressement ". (Lettre du 3 décembre 1757, citée dans : Le comte de Gisors, par Camille Rousset, d'après Stryienski, ouv. cité, p. 221). Qui ne connaît le Pavillon de Hanovre construit à Paris du fruit de ses déprédations ?

C'est au prince de Soubise, le favori de Madame de Pompadour, qu'était échu le rôle difficile de tenir tête aux armées prussiennes, les mieux disciplinées de l'Europe. Avec le prince d'Hildeburghausen, commandant les troupes des cercles de l'Allemagne, il pénétra en Saxe. Accourant sur lui du fond de la Silésie, Frédéric lui infligea à Rosbach, le 5 novembre, la plus désastreuse défaite. Soubise, après un pareil affront, perdit complètement la tête ; et, le soir même de cette affaire, rendant compte à Louis XV de la journée, il se borna à lui dire : " J'écris à Votre Majesté dans l'excès de mon désespoir. La déroute de votre armée est totale. Je ne puis vous dire combien de vos officiers ont été tués, pris ou perdus ".

Richelieu, qui avait signé avec une si coupable faiblesse et une si grande légèreté la triste capitulation de Closterseven hautement désapprouvée à Versailles, fut rappelé : on était las de son incapacité, de ses pillages, de ses indélicatesses ; il en était las lui-même, faut-il croire, car dès le mois d'octobre il avait insisté pour venir passer quelques mois à la Cour (2 : (2)C. Stryienski, ouv. cilé, p. 221).

Il fut remplacé à la tête de l'armée du Rhin par un prince du sang, Louis de Bourbon, comte de Clermont, abbé commendataire de S. Germain des Prés, que le pape avait autorisé à porter les armes sans renoncer à ses bénéfices. Clermont fit preuve d'une déplorable incapacité (3 : Le comte de Gisors, qui devait trouver la mort à la malheureuse bataille de Crevelt, écrivait au maréchal de Belle-Isle : " M. le comte de Clermont, dépourvu de toute connaissance du pays, incapable de former aucun projet par lui-même, ne veut être constamment gouverné par personne, et cependant se rend toujours à l'avis du dernier. Il ne punit rien et est peu affecté des dangers présents, s'amuse d'une bagatelle et perd le temps à des promenades inutiles. Voilà quel est notre général ". (Rousset, Le comte de Gisors, p. 469, d'après Stryienski, ouv. cité, p. 223)). Les troupes qu'il commandait étaient, il est vrai, bien délabrées : " J'ai trouvé l'armée de Votre Majesté divisée en trois parties : l'une au dessus de terre composée de pillards et de maraudeurs ; la seconde est sous terre, et la troisième dans les hôpitaux. Dois-je me retirer avec la première troupe ou attendre qu'elle ait rejoint l'une des deux autres ? " Contre cette lamentable armée le prince Ferdinand de Brunswick, avec les contingents du Hanovre impunément ramenés en ligne en dépit de la parole donnée à Closterseven, avait beau jeu. Devant lui les Français reculèrent au delà du Weser, de l'Ems et du Rhin, sans combat ; et c'est un Condé qui abandonnait ainsi en un mois la Westphalie, le Hanovre, la Hesse. Abordé enfin par Brunswick à Crevelt, il y subit, le 23 juin 1758, une défaite fatale à la France presque à l'égal de la déroute de Rosbach. Il pouvait écrire après cette journée : " Nous n'avons plus que le souffle d'une armée ". Dans la crainte de plus grands revers, la Cour lui donna pour successeur le marquis de Contades : il ne valait pas mieux que Clermont.

Pendant que Contades réorganisait l'armée du Rhin, Soubise reprit l'offensive sur le Main. Il désirait prendre sa revanche et effacer le souvenir de Rosbach : c'est à peine s'il parvint à l'affaiblir par les succès que ses lieutenants remportèrent en sa présence à Sandershausen le 23 juillet et le 10 octobre à Lutterberg : c'étaient de Broglie et Chevert qui avaient gagné les batailles, ce fut Soubise qui obtint le bâton de maréchal.

La campagne de 1759 fut pour Frédéric II la plus désastreuse. Contades commandait toujours l'armée du Rhin ; le duc de Broglie avait été mis à la tête de celle du Main. Ce dernier, depuis le commencement de la guerre, s'était distingué : il avait combattu à Hastenbeck et à Rosbach où il protégea avec Castries la retraite des Français, défait à Sandershausen un corps prussien de 8.000 hommes et puissamment contribué au gain de la bataille de Lutterberg.

Dès le 13 avril 1759, de Broglie infligea au prince Ferdinand un sanglant échec à Bergen dont il sut profiter pour reprendre Cassel, Minden et Münster. Rejoint par Contades, il dut, comme à son ancien, lui laisser le commandement en chef. De là des rivalités et des brouilles qui aboutirent au désastre de Minden (1er août). Tout l'avantage de la campagne était perdu. Contades se plaignit fort de n'avoir pas obtenu du duc de Broglie le concours sur lequel il était en droit de compter et rejeta sur son inaction tout le poids de cette défaite. On renvoya à l'armée le maréchal d'Estrées pour aider Contades de ses conseils. Leurs efforts réunis ne pouvant rétablir les affaires, Contades fut destitué et remplacé par de Broglie qui reçut de Louis XV le bâton de maréchal - il n'avait que 42 ans, - et de Marie-Thérèse le titre de prince du Saint-Empire romain : " Il n'avait plus à se plaindre ni des hommes ni de la destinée ".

De Broglie, avec les deux armées réunies du Main et du Bas-Rhin, eut, durant la campagne de 1760, de beaux et glorieux succès. La victoire de Corbach remportée le 10 juillet sur le prince Ferdinand de Brunswick et la bataille de Clostercamp gagnée par le marquis de Castries sur un corps de 20.000 Prussiens commandés par le prince héréditaire de Brunswick, neveu du prince Ferdinand, qui voulait tenter le siège de Wesel, mirent Frédéric II dans une position fort critique. Mais la fortune ne seconda pas constamment le duc de Broglie. En 1761 le cabinet de Versailles, pour abaisser la Prusse, avait décidé de former en Allemagne deux armées : l'une, forte de 100.000 hommes, aux ordres du maréchal de Soubise, devait opérer sur le Bas-Rhin ; l'autre, de 60.000 hommes seulement, avait ses quartiers fixés sur le Main, de Cassel à Langensalza. Tant que ces deux armées agirent séparément, tout alla pour le mieux ; et de Broglie, avec l'armée du Main, remporta le 21 mars à Grünberg sur le prince Ferdinand une victoire non moins éclatante que celle de Bergen, suivie peu après de la levée du siège de Cassel par les ennemis, et de la prise de Minden par le prince Xavier de Saxe. C'est alors que de grandes opérations furent projetées et la jonction des deux armées décidée ; elle devait avoir lieu sur la Ruhr le 16 juillet. Mais de Broglie se trouvait humilié ; il se résignait difficilement à jouer un rôle secondaire. La mésintelligence qui régnait entre les deux maréchaux et le défaut de concert dans leurs opérations leur firent éprouver à Willingshausen un échec dont ils se renvoyèrent mutuellement la responsabilité. Tous deux adressèrent à Versailles des mémoires justificatifs contradictoires. Soubise, puissant à la Cour par Madame de Pompadour, gagna sa cause auprès du roi. Par contre l'opinion publique, de qui tout commençait à relever maintenant, prit parti pour le duc de Broglie : il n'en fut pas moins disgracié, rappelé et exilé dans ses terres.

Désormais la guerre languit, les opérations furent plus décousues que jamais. En 1762 Soubise, infatigable courtisan, reparut sur la scène avec le maréchal d'Estrées pour guide, deux têtes dans un même bonnet qui n'en valaient pas une bonne, mais dut bientôt laisser le commandement au prince de Condé. Les quelques lauriers gagnés à Wilhelmstadt, à Johannisberg, à Friedberg, furent largement payés par la capitulation de Cassel, l'affaire de Brückermühle, la perte d'Amœnebourg et la défaite de Grebenstein.

Ce fut la dernière campagne. Les armes tombaient d'elles-mêmes des mains des combattants ; un besoin général de paix se faisait visiblement sentir. Tandis que le traité de Paris du 10 février 1763 terminait la querelle maritime et coloniale entre l'Angleterre et la France, celui d'Hubertsbourg, du 15 février, terminait la guerre continentale. La France, compromise sans nécessité dans ce débat, associée d'avance aux périls mais non aux bénéfices de la guerre, en sortait amoindrie, abaissée, destituée de sa prépondérance et dépouillée de.son prestige militaire et politique.

Tous ces faits, que nous venons de rappeler succinctement, nous les trouvons consignés au jour le jour pour ainsi dire, et parfois minutieusement détaillés, soit dans les journaux de campagne que nous possédons pour toute la durée de la guerre, soit dans les correspondances multiples des généraux avec les officiers de tous grades détachés et commandés aux diverses armées, soit encore dans les journaux d'ordres et de marche ou dans les rapports d'émissaires, d'espions et de déserteurs. On ne saurait exiger de nous un état complet et par campagne de ces journaux, de ces correspondances, de ces rapports ; cela nous entraînerait trop loin et serait sans grand profit. Tout au plus nous bornerons-nous à indiquer quelques-uns seulement de ces documents. Cette simple énumération d'ailleurs permettra de juger de leur valeur historique : journaux de Frédéric-Christian-Auguste, prince électoral de Saxe, du prince Xavier de Saxe, du prince Charles de Pologne et de Saxe son frère, de l'armée impériale et royale sous les ordres du prince Charles de Lorraine et du maréchal comte de Daun, du général Riedesel, de la campagne en Moravie et en Silésie et de l'expédition de Bohême ; relation du siège de Breslau et des batailles de Prague, de Kollin, de Leuthen, de Zorndorf. de Lutterberg, de Minden, de Strehla, de Torgau, de Willingshausen et de Johannisberg ; - lettres ou rapports des généraux de Fontenay, envoyé extraordinaire du roi de Pologne à Paris, comte de Solms, Riedesel ; du colonel (plus tard général) de Martange ; des colonels Graffen, Zawoyski, de Boisgelin, Jesperson, Obernitz, Carlsbourg, de Bennigsen ; de Turriegel, espion à l'armée française, qui, en 1761, pour un prétendu mécontentement, entra à l'armée du roi de Prusse où il obtint le grade de lieutenant-colonel ; des capitaines Le Coq, Meerfeld et Freywald ; des majors Acarie, Meyers, Eberstein, Minckwitz, Goltz, Angermann ; du comte de Marainville ; du duc de Choiseul ; des maréchaux de Belle-Isle, de Contades, d'Estrées, de Soubise ; des chevaliers La Touche et L'Ami ; du comte de Brühl, premier ministre du roi de Pologne ; du comte de Calenberg, correspondant du prince Xavier à Munich ; toute la correspondance du maréchal duc de Broglie avec le prince Xavier, et les rapports des officiers détachés et aux postes avancés pour les campagnes de 1760 et 1761 (environ 4.000 pièces) ; celle du général comte de Solms avec le même maréchal et les autres généraux des armées de France et de l'Empire et avec les autres officiers du corps saxon et de l'armée française ; celle de Xavier de Saxe avec le comte de Fleming, ministre du roi de Pologne à Vienne, et avec le duc de Gotha, le prince des Deux-Ponts, le prince-évêque de Würzbourg, les généraux de Haddick et Luzinski ; etc, etc. A côté de ces documents de premier ordre, citons encore, quoique d'un intérêt moindre, les mémoires politiques, les plans de bataille, les projets de règlements de manœuvres, les mémoires d'officiers de toutes armes et les pamphlets de toute espèce contre Frédéric II.

Avec la seconde, nous passons à des documents d'un tout autre genre et d'une nature essentiellement confidentielle. Elle est en effet tout entière formée par la correspondance particulière et intime du prince de Saxe avec tous les membres de sa famille, avec les ministres de Saxe et ceux des puissances étrangères. Grâce à un savant champenois, cette section a sur les autres le mérite d'être mieux connue.

M. Arsène Thévenot, pendant les tristes loisirs que lui firent les événements de 1870-1871, cherchant à oublier le présent en s'occupant du passé, entreprit de faire le dépouillement de cette partie du fonds de Saxe. Les résultats de son labeur ont été consignés dans un livre portant pour titre : Correspondance inédite du prince François-Xavier de Saxe connu en France sous le nom de comte de Lusace (Paris, in-8°, 1874). M. Thévenot a réparti cette correspondance en trois catégories selon la qualité du correspondant et l'objet principal de la lettre : 1° correspondance intime, lettres de parents et d'amis, ayant principalement pour objet des affaires de famille, de politesse ou de sentiment (environ 15.000 lettres émanant de 75 correspondants) ; 2° correspondance politique et militaire (La correspondance militaire des années 1757 à 1763 a été reportée, après nouveau classement, dans la première section (guerre de Sept ans), lettres de souverains, de ministres, d'agents diplomatiques et d'officiers (environ 5.000 lettres de 165 correspondants) ; 3° correspondances diverses, lettres des serviteurs attachés à la maison du Prince, ayant trait à l'administration de ses biens ; lettres de particuliers, offres, demandes, remerciements, etc. ; correspondances allemande et italienne (environ 30.000 lettres de 600 correspondants).

D'une façon générale nous signalerons à l'attention des chercheurs, comme ayant une grande valeur pour notre histoire, les lettres et mémoires du général de Martange pendant les années 1765, 1766 et 1767, qui contiennent les renseignements les plus curieux et les plus instructifs sur la Dauphine ; les lettres autographes du prince Xavier à sa sœur Christine donnant des détails journaliers sur la maladie et la mort de Louis XV ; un lot considérable de dépêches écrites en chiffres et traduites dans l'interligne, adressées par les généraux de Martange et de Fontenay et annotées d'apostilles diverses, renfermant des détails multipliés sur les affaires et les intrigues politiques de la France, notamment pendant la faveur de Madame de Pompadour ; la correspondance sans date de la Dauphine avec son frère, qui offre une lecture des plus agréables et des plus variées : " elle se compose, a écrit M. Vallet de Viriville, de billets presque quotidiens et tout-à fait intimes, qui reflètent, sous un jour piquant, la biographie du frère et de la sœur. Dans cette correspondance se déploient avec le charme de l'improvisation et du secret épistolaire, toutes les fantaisies d'une intelligence noble et cultivée. L'on y rencontre aussi, dans mainte page touchante, les épanchements d'une âme sensible et d'une tendresse tantôt mélancolique, tantôt délicate et enjouée (Archives historiques de l'Aube, p. 339) ".

Cette série de 50.000 lettres émanant de 800 correspondants constitue une mine abondante de faits et de notes sur les mœurs, les usages et la vie de la société au XVIIIe siècle, un trésor inépuisable qui offre un fidèle reflet de la politique de la France, de la Prusse, de la Russie, de l'Autriche et de la Saxe. On trouve en effet un peu de tout dans cette correspondance : des anecdotes historiques à côté du récit des intrigues de cour ; des couplets sur les fêtes de Chantilly à la suite d'une mercuriale de Frédéric le Grand à l'un de ses généraux ; anecdotes, intrigues, couplets et mercuriale, le tout est plein de charme et vaut la peine d'être lu. Nous voudrions le montrer par quelques exemples.

La situation du royaume était devenue critique à la suite de la guerre de Sept ans et des lourds sacrifices qu'elle avait imposés à la France. A Bertin avait succédé, en 1763, comme contrôleur général des finances L'Averdy, conseiller au Parlement. L'argent était rare, les dissipations scandaleuses, les circonstances difficiles. On attendait du nouveau contrôleur des réformes heureuses et de sages économies. Il délivra bien de ses entraves le commerce extérieur ; mais ce moyen ne suffit pas, et il fallut imaginer de nouvelles ressources et revenir au désastreux expédient de l'augmentation des impôts qui pesait surtout sur le travail et la propriété agricole : dans ce but des édits bursaux furent préparés qui ne répondirent point à l'attente générale, et L'Averdy fut chansonné. Le 29 janvier 1765 le général de Fontenay écrivait au prince Xavier :

" ... Le public, peu content de l'édit sur les finances, s'en console en chansonnant le contrôleur général. C'est la vengeance dont il fait le plus volontiers usage. Si V. A. R. trouve quelqu'un au fait de l'air des couplets ci-joints (et il est for connu), Elle verra qu'ils ne sont pas faits pour des oreilles chastes :

CHANSON SUR L'AIR DE L'ONGUENT POUR LA BRULURE.

Laverdy prêche aux États (Dans sa lette aux Etats de Bretagne)

Qu'on est las

De leurs ennuyeux débats,

Et raisonne dans son style

Comme un contrôleur habile.

Avez-vous vu son Edit,

Plein d'esprit ?

En deux mots il a tout dit.

En moyens qu'il est fertile !

C'est un contrôleur habile.

Qui l'aurait dit, qui l'eût cru

Qu'un fétu

Tout prêt à montrer le c…

Aurait appris à la terre

Ce qu'un contrôleur peut faire.

La finance dans sa main

Prend un train

A faire bien du chemin ;

Les effets changent de gîte

Ah ! qu'un contrôleur va vite.

La finance des Gaulois

Aux abois,

Ils n'avaient plus que la voix,

Quand le Roi dans sa détresse

Vite au contrôleur s'adresse.

Sans ce Sully bien placé

L'an passé

Sur un carton vernissé,

Notre sort était sinistre ;

C'est un vigoureux ministre.

Il sait faire en un moment,

Sans argent,

Dédire le Parlement,

Au Choiseul faire la nique.

C'est un contrôleur unique.

Celui qui nous l'a donné (Le duc de Choiseul.)

Fut loué ;

Quoiqu'on le dise un roué,

Il juge avec connaissance

Tous les contrôleurs de France ".

Les écrits satiriques avaient la vogue à cette époque, et les faiseurs de libelles ne ménageaient point leurs sarcasmes aussi bien pour punir l'impéritie des généraux et les fautes des ministres que pour ridiculiser les travers. On connaît les chansons qui ont couru sur Soubise après la défaite de Rosbach et sur le comte de Clermont après son échec à Crevelt, et encore les couplets célèbres composés à propos de la retraite du maréchal d'Estrées (Cités dans la Vie privée de Louis XV, 111, 393 et 394, et rapportés par C. Stryienski, ouv. cité, p. 206 et 207).

Jamais la moralité n'était tombée si bas que sous Louis XV : la corruption était générale ; la noblesse et une partie de la riche bourgeoisie rivalisaient avec la cour devenue un foyer de corruption. Le maréchal de Saxe, le duc de Richelieu, mille autres, ou pour mieux dire tout le monde, dans les hautes classes, en tenait pour les unions libres et agissait en conséquence. Nous ne soulèverons qu'avec beaucoup de discrétion le voile sur ce tableau, et nous laisserons parler le général de Fontenay, bien placé pour être au courant de tous les petits scandales et de toutes les intrigues. Le 8 juillet 1765 il écrit au prince Xavier au sujet du duc de Choiseul et de Mme d'Esparbés :

" ... Il s'est passé une scène, il y a une dizaine de jours, à Versailles, qui prouve son discrédit (Mme d'Esparbés) et combien son antagoniste (Le duc de Choiseul) se croit ferme sur ses étriers. Cette dame s'y était rendue. Le Duc allant chez le Roi, la rencontre sur l'escalier, l'aborde d'un air de connaissance en lui disant : " Eh ! Bon Dieu ! d'où venez-vous ? Il y a un siècle qu'on ne vous a vue. On vous a toujours attendue à Marly, et, quoique vous n'y ayez point été, vous n'en avez pas moins occupé la cour et la ville ; il n'était question que de vous. " La Dame aussi confuse qu'embarrassée de cette sortie ne sut que répondre. Il s'en sépara en lui conseillant de continuer à bien faire ses affaires, et en la prenant parle menton. Ayant trouvé le maréchal de Soubise sur son chemin, il n'eut rien de plus pressé que de lui raconter cette conversation.

" Les femmes qui n'aiment pas le Duc (et le nombre en est grand) sont outrées de la pusillanimité de la d'Esparbès et la traite de sotte et de bégueule, et protestent qu'à sa place elles auraient appliqué deux bons soufflets sur les joues ministériales pour leur apprendre à se donner les airs de prendre les dames par le menton (Arch. de l'Aube, fonds de Saxe, 17 E*, correspondance, 28e liasse) ... ".

Ce même correspondant, racontant au prince de Saxe les intrigues de la comtesse de Choiseul-Stainville avec le comédien Clairval, s'exprime ainsi dans sa lettre du 15 février 1767 :

" ... Les lauriers qui ceignent la tète d'un général ne garantissent pas toujours son front de certaines disgrâces. Vous avez su, Monseigneur, que le comte de Stainville avait épousé la fille de la comtesse de Renel qui, par son grand'père, fermier général et fort riche, lui offrit en perspective une dot de 200 m. livres de rente. Cette jeune dame s'est bientôt lassée de payer à l'hymen le tribut de tendresse qu'il s'arroge. Le comte de Lausun la trouvant fort à son gré, lui avait conté son douloureux martyre. Mais c'était un esclave attaché à son char sans gages. Elle s'était coiffée d'un nommé Clairval, acteur de la comédie italienne, assez bien de figure, passablement fat, et qui par parenthèse avait été conjointement avec Caillot, son camarade, au service de la duchesse de Mazarin dont ils avaient pris congé, trouvant la besogne trop forte. Une petite loge grillée à la comédie italienne, où l'on pouvait se dérober aux regards du public, et où Clairval ne manquait pas de se rendre, était le champ de bataille où l'on ne combattait pas pour l'honneur du C. de Stainville.

" Un ami du comte de Lausun, s'étant trouvé dans la loge voisine un jour où l'action fut fort vive, entendit certaines articulations que l'excès du ravissement ne put retenir, ce qui excita sa curiosité. Il y revint une autre fois de fort bonne heure, se munit d'une vrille, fit un trou à la cloison et vit clairement ce qui se passait dans son voisinage. Il invita son ami à l'accompagner à la comédie, lui promettant de lui procurer un spectacle plus intéressant que celui qui était affiché. Il tint parole ; et le comte de Lausun, convaincu du bonheur de son rival, n'eut rien de plus pressé que de le publier, et tout Paris en fut imbu le lendemain. Dans le procédé de ces deux amis, vous reconnaîtrez, Monseigneur, le caractère français.

" Le Ministre, intéressé à l'affront fait à son frère et peut-être à lui (car la chronique scandaleuse prétend que dans cette famille on s'est apprivoisé avec l'inceste), fit une mercuriale très amère à sa belle-sœur. Elle ne se déconcerta point et lui répondit dans ces termes : " Je suis grosse, et vous pouvez compter que c'est par votre frère. Je n'ai rien à vous dire sur le reste ; mais je crois que vous lui rendriez un mauvais service si vous l'en instruisiez : cela ne ferait que l'inquiéter inutilement. "

" Le beau-frère se rendit à de si bonnes raisons, garda le secret, et son frère n'a été effectivement instruit de sa disgrâce que huit jours avant l'éclat (Arch. de l'Aube, fonds de Saxe, 17 E*, correspondance, 28e liasse)... ".

La lettre du général de Fontenay est accompagnée de couplets sur ce sujet que leur ton par trop léger nous empêche de reproduire.

A côté de ces intrigues, il y a place pour les anecdotes. Nous n'en citerons qu'une : elle se rapporte au comte d'Artois et au comte de Provence, son frère. L'intendant de la maison du prince Xavier, Régnier, la conte ainsi à son maître :

" Dans l'avant-dernière séance du Parlement, M. le comte d'Artois eut envie d'aller à la garde-robe ; il ne savait où ni comment faire. Il sortit de la grand'chambre, chercha de porte en porte. Le hasard le conduisit à celle du sacristain de la Sainte-Chapelle, à qui il demanda une chaise percée. Celui-ci, qui n'en avait pas, lui offrit un pot de chambre ; mais il était trop petit. Il lui offrit un plat à salade que le Prince fut obligé d'accepter. Comme il avait faim, il lui demanda s'il n'avait pas du pain ; l'abbé répondit : " Oui, et de bon vin ". Le Prince mangea et but, et rentra dans la grand'chambre, raconta son histoire à Monsieur qui avait les mêmes besoins. M. le comte d'Artois conduisit Monsieur chez son hôte qui se fit honneur de les recevoir.

Ces deux princes bienfaisants, pour récompenser leur hôte, lui ont fait accorder la place d'aumônier de la Vénerie, qui vaut 2.000 livres de rente, avec la faculté de garder son bénéfice (Arch. de l'Aube, fonds de Saxe, 17 E*, correspondance, 59e liasse) ".

Après les démêlés que lui attira le Mondain, petit poème contre l'hypocrisie, Voltaire avait quitté Paris pour s'établir au château de Cirey, sur les contins de la Lorraine, chez son amie, la marquise du Châtelet, non moins libre dans ses mœurs que dans ses idées, puis à la cour de Frédéric le Grand. Il s'était enfin fixé, en 1758, dans le pays de Gex, à deux lieues de Genève, sur la terre de Ferney. Il y resta pendant 20 ans. Octogénaire et malade, Voltaire voulut revoir le monde parisien, les savants et les gentilshommes. Il fut reçu avec un indescriptible enthousiasme : c'était en 1778. A cette occasion, le prince Clément de Saxe, archevêque-électeur de Trèves, écrivait à son frère le prince Xavier :

" L'accueil qu'on fait à ce malheureux Voltaire est bien humiliant pour tous les gens de bien. Je vous suis vraiment reconnaissant que vous ne vous êtes pas laissé entraîner de porter votre encens à cette idole de ce siècle pervers (Lettre du 2 avril 1778. Arch. de l'Aube, fonds de Saxe, 17 E*, correspondance, 10e liasse) ".

Dès 1770 Mme Necker avait proposé aux gens de lettres d'ériger une statue à Voltaire. On connaît la réponse du philosophe :

" Quelle étrange idée est venue

Dans votre esprit sage, éclairé ?

Que vos bontés l'ont égaré,

Et que votre peine est perdue !

A moi, chétif, une statue !

Je serais d'orgueil enivré (Lettre de Du Laurens, régisseur et correspondant du prince Xavier à Paris, du 10 juin 1770. (Arch. de l'Aube, fonds de Saxe, 49e liasse) ... ". Etc.

Le roi de Prusse ayant demandé, par une lettre à d'Alembert, " à souscrire pour la statue que les gens de lettres érigent à M. de Voltaire et quelle somme il devait donner pour son contingent ", d'Alembert répondait le 13 août à Frédéric II " qu'il suffisait d'un écu pourvu que Sa Majesté permette que son nom soit mis au nombre de ceux des gens de lettres où il était déjà depuis longtemps avec célébrité comme philosophe, poète et historien (Lettre du même du 13 août 1770. (Arch. de l'Aube, fonds de Saxe, 49e liasse) ". A quelques jours d'intervalle, le roi de Danemark envoyait 200 louis pour le même objet (Lettre du même du 20 octobre 1770. (Arch. de l'Aube, fonds de Saxe, 49e liasse). - Cette statue, due au sculpteur Pigalle, se trouve à la bibliothèque de l'Institut.). Voltaire ne jouit pas longtemps de ce triomphe. Il succomba le 31 mai 1778.

" Ce fut le 31 mai, à onze heures du soir, que le célèbre Voltaire termina sa carrière. Voici des détails sur sa fin que je tiens de M. Tronchin, son médecin. Celui-ci, témoin de la contraction perpétuelle d'esprit et de corps qu'occasionnaient à M. de Voltaire ses visites, ses courses et l'ivresse meurtrière des éloges dont il était accablé, lui conseilla, s'il voulait prolonger sa vie, de retourner jouir du calme et du repos à Ferney.

" Ce poète n'en tint compte, et, pressé de faire un discours pour une assemblée de l'Académie française à laquelle il devait présider, prit beaucoup de café afin de se donner plus d'action et de chaleur. Il y réussit tellement que le lendemain il se plaignit d'un feu d'entrailles qui le dévorait. Le maréchal de Richelieu le vint voir et lui proposa l'usage d'un calmant dont lui-même se servait avec succès ; c'était de l'opium préparé. M. de Voltaire, pour en accélérer l'effet, doubla les doses et bientôt tomba dans un affaissement qui amena une fin prochaine. Le curé de Saint-Sulpice vint pour remplir des devoirs auxquels il parait que le malade s'est refusé ou n'a plus été en état de se prêter.

" Son corps a été transporté dans un carrosse de remise en Bourgogne, dans une abbaye de l'abbé Mignot, son neveu, où il a été enterré (A l'abbaye de Scellières, près de Romilly-sur-Seine, en Champagne).

" Les comédiens ont eu défense de jouer ses pièces dans ce moment-ci, et les journalistes de parler de lui.

" Voici une épigramme sur sa mort :

Du célèbre Arouet admirez la planète.

Il naquit chez Ninon et mourut chez Ninette (Lettre de Jean-Baptiste Rivière, conseiller de légation, chargé d'affaires de l'électeur de Saxe à Paris, adressée le 4 juin 1778 au prince Xavier (Arch. de l'Aube, fonds de Saxe, 17 E*, correspondance, 33e liasse) ".

Si l'on en croyait Coudray, concierge du château de Pont-sur-Seine, le cadavre de Voltaire " serait arrivé à Scellières en robe de chambre, où il aurait été déposé sur une table, assis sur son séant, dans une salle (Lettre au prince Xavier du 5 juin 1778. (Arch. de l'Aube, fonds de Saxe, 17 E*, correspondance, 42e liasse)) ".

Nous pourrions, si nous n'étions limité par l'espace, multiplier ces citations et donner de piquants détails, par exemple : sur les troubles du Théâtre Français, en 1765, à l'occasion de la représentation du Siège de Calais de Du Belloy, et le conflit entre les comédiens, un fâcheux incident qui valut à Melle Clairon d'être internée au For-l'Évêque avec ses camarades Lekain, Molé, Brizard et Auberval, et vint interrompre les triomphes de la célèbre actrice et brusquement terminer sa carrière dramatique ; sur mademoiselle d'Éon, dite le chevalier d'Éon, et sa présentation à la cour en 1777 ; sur l'affaire du Collier de la Reine et l'arrestation du cardinal de Rohan et de la comtesse de La Motte ; sur l'arrestation du sieur Prix, français d'origine, premier valet de. chambre du roi de Pologne, inculpé de tentative d'empoisonnement sur le prince Adam Czarioriski ; sur l'assistance du Roi au parlement de Paris pour faire enregistrer un édit en faveur des protestants et un édit d'emprunt de 450 millions, et sur la députation du Parlement pour demander au Roi la convocation des États Généraux et le rappel du duc d'Orléans exilé à Villers-Cotterets ; sur l'effervescence populaire à Paris, accompagnée d'émeutes, à l'occasion du rappel de Necker aux finances ; sur l'exécution du gouverneur de la Bastille et du prévôt des marchands " après la reddition de cette place à la bourgeoisie " ; sur l'arrestation à Compiègne de Bertier de Sauvigny, intendant de la généralité de Paris, déguisé en femme ; et sur la pendaison en place de Grève de Mrs Foulon et de Sauvigny : " au premier la corde a cassé deux fois ; à la troisième, c'est un menuisier qui l'a monté et étranglé. A M. Bertier, la corde a aussi cassé une fois ; il est mort vers neuf heures du soir... (1 : Lettre de Nick, suisse à l'hôtel du prince Xavier, à Paris, du 23 juillet 1789. (Arch. de l'Aube, fonds de Saxe, 17 E*, correspondance, 52e liasse)) " ; etc., etc.

Mode de classement
Mode de classement

Le fonds de Saxe resta dans un état de désordre et de confusion croissants jusqu'à l'époque où, l'un après l'autre, MM. Vallet de Viriville et Guignard, qui en avaient dès l'abord saisi toute la valeur et qui le jugeaient intéresser au plus haut point l'histoire de France, résolurent de le sauver de l'oubli et de le mettre en ordre. Mais ils ne furent pas suivis ; leur appel demeura sans écho, leurs efforts sans résultats.

Il y a donc tout lieu de penser que cette mine considérable et de premier ordre est restée jusqu'à ce jour inconnue ou, pour être plus exact, inexplorée, et que les trésors qu'elle renferme ont le double mérite de l'authenticité et de l'inédit.

Cette considération seule, sans qu'on tînt compte d'autres raisons d'ordre et d'utilité publique, suffisait pour justifier la demande d'un prompt classement de ces archives. C'est ce que nous avons fait dès notre arrivée dans le département de l'Aube sur les hautes instructions de M. Servois, alors directeur des Archives ; on ne pouvait d'ailleurs nous confier une tâche qui nous fût plus agréable et nous tînt plus à cœur.

Au mois de juin 1899, M. Ulysse Robert, inspecteur général des archives, envoyé à Troyes pour examiner sur place la richesse du fonds de Saxe, reconnut l'urgente nécessité de ce travail. Mais il y avait une grosse difficulté à résoudre : un assez grand nombre de documents sont en allemand, et un profane comme nous, peu au courant des choses militaires et, avouons-le en toute sincérité, trop peu familier avec la langue allemande pour bien comprendre le sens et la portée de ces documents, ne pouvait songer sans témérité, réduit à ses seules forces, à en entreprendre la traduction et l'inventaire. Aussi fut-il arrêté en principe qu'on demanderait le concours du ministère de la Guerre et qu'on nous adjoindrait quelques officiers très versés dans la langue allemande pour ne pas s'exposer à voir commettre des erreurs grossières dans le genre de celle signalée par M. Guignard dans son rapport (Dans le répertoire très sommaire et presque sans ordre qui fut fait, les 24 et 28 germinal an VI, des titres et papiers du château de Pont, les personnes chargées de sa rédaction, ayant à rendre en français ces mots : General Accise Règlement (règlement général des Accises), les traduisirent par : Règlement du général Arcis (rapport, p. VII)).

Des démarches pressantes furent aussitôt faites dans ce sens auprès des pouvoirs compétents, qui réussirent pleinement. Grâce en effet aux diligences faites par l'administration supérieure des Archives et à l'empressement éclairé du ministère de la Guerre, une missiomilitaire, composée de MM. Bigoudot, lieutenant au 3me bataillon de chasseurs, Burg, Rumpler et Tribout, lieutenants aux 149me, 153me et 74me régiments d'infanterie, sous la direction de M. Veling, aujourd'hui chef de bataillon au 119me régiment d'infanterie, ancien professeur d'allemand aux écoles militaires de Fontainebleau et de Saint-Cyr, nous a prêté son précieux concours et a fait preuve dans ce travail d'inventaire de la plus grande activité. Tous les documents en langue allemande ont été dépouillés par elle.

C'est ce travail dont nous donnons aujourd'hui le premier volume.

Aussi, nous croyons être le fidèle interprète des érudits et des historiens en adressant un public témoignage de gratitude et de reconnaissance à ces collaborateurs d'hier qui, abandonnant la vie active de la caserne pour la vie de bureau toute de calme et de silence, ont bien voulu se faire, pendant près de huit mois, nos tout dévoués auxiliaires.

Contrôle de la description

Description de l'encodage
Création
L'instrument de recherche permet d'accéder à trois documents : les journaux de campagnes, la correspondance particulière et le mémoire universitaire.
La société Fontaine et Fils Archives Services a réalisé l'encodage XML-EAD sous le contrôle de Céline Guyon et sous la responsabilité de Nicolas Dohrmann au moyen du logiciel Arkhéïa Aide au classement (société Anaphore sarl, version 3-4 du jeudi 3 septembre 2009, date de l'export : vendredi 4 septembre 2009 (14:15 h)) ainsi que l'encodage en XML-TEI sous le conseil de la société IRIUS au moyen du logiciel Oxygen.
La réalisation de feuilles de transformation XSL-T des documents XML-EAD et XLM-TEI vers les documents HTML a été développée par la société IRIUS.
Langue utilisée
Instrument de recherche rédigé en français
Description de la transformation

Résultat obtenu au moyen d'une feuille de transformation développée par la société IRIUS. © 2004-2008 IRIUS